Droit d’accès aux courriels professionnels : une nouvelle décision qui renforce les droits des salariés

Contexte

Le 31 janvier 2025, la CNIL actualisait sa fiche « Droit d’accès des salariés à leurs données et courriels professionnels ». Elle y rappelait que les salariés peuvent demander la communication des métadonnées et données personnelles contenues dans les courriels, en suivant une méthode graduée : tableau récapitulatif, invitation à préciser la demande, puis fourniture ciblée.

Les précisions de la cour

Dans un arrêt du 18 juin 2025 (n°23-19.022), la Cour de cassation vient confirmer sans ambiguïté que les courriels professionnels envoyés ou reçus par un salarié constituent bien des données à caractère personnelles au sens du RGPD.

En conséquence, tout salarié peut demander à son employeur l’accès intégral à ces courriels, c’est-à-dire leur contenu et les métadonnées associées. Seule limite à ce droit : la nécessité de ne pas porter atteinte aux droits des tiers.

La Cour s’aligne ainsi sur la position de la CNIL, tout en allant plus loin sur un point central : elle sanctionne expressément le fait de ne pas transmettre l’intégralité des courriels demandés, lorsqu’aucun motif légitime n’est avancé.

Elle rappelle ainsi que la réponse de l’employeur ne peut être partielle, incomplète ou évasive, sauf à démontrer une atteinte aux droits d’autrui.

Même si la Cour ne précise pas les modalités concrètes (tableau, copie intégrale, etc.), sa position clarifie les obligations : l’employeur doit être en mesure de remettre l’ensemble des données, sous peine de sanctions.

Ce faisant, la Haute juridiction met fin à une incertitude jurisprudentielle et renforce l’effectivité du droit d’accès, qui devient quasi automatique dans son exercice.

Concrètement, que pouvez-vous faire ?

Vous êtes salarié ou ex-salarié et vous souhaitez accéder à vos courriels professionnels

Vous pouvez adresser une demande écrite simple (email ou courrier) à votre employeur, en sollicitant la communication :

➢ De l’ensemble des messages que vous avez envoyés, reçus ou dans lesquels vous êtes mentionné(e);

➢ Des métadonnées associées : dates d’envoi, destinataires, objets, etc.

Si votre employeur ne répond pas ou refuse sans justification valable :

  • Vous avez la possibilité de déposer une plainte auprès de la CNIL ;
  • Vous pouvez saisir le conseil de prud’hommes ;
  • Et vous pouvez obtenir, comme dans l’affaire jugée, des dommages-intérêts pour non-respect de vos droits.

Et du côté des employeurs, quelles obligations concrètes ?

À la suite de cette décision, voici les actions clés à mettre en œuvre pour éviter tout risque contentieux :

  • Mettre en place une procédure interne pour traiter les demandes d’accès dans le délai d’un mois prévu par le RGPD ;
  • Former les équipes RH et les managers à la gestion des demandes de droit d’accès ;
  • Analyser les emails demandés pour évaluer s’ils contiennent des éléments sensibles pouvant limiter le droit d’accès (secret des affaires, vie privée de tiers, propriété intellectuelle) ;
  • Justifier clairement tout refus ;
  • Tracer et documenter les décisions prises, pour pouvoir démontrer la bonne foi en cas de contentieux ;
  • Actualiser la charte informatique, en précisant les conditions d’accès aux données personnelles, y compris les courriels professionnels.

Notre Cabinet est à votre service pour tout renseignement complémentaire sur le droit d’accès, et ses modalités d’exercice.

Fiche Google My Business : un professionnel peut s’y opposer

Contexte

Une dentiste découvre en 2017 une fiche « Google My Business » (GMB) à son nom, créée sans son consentement, comportant des avis négatifs. Malgré plusieurs démarches amiables auprès de Google, elle ne parvient ni à faire supprimer la fiche ni à en faire retirer les avis litigieux. L’affaire est portée devant la cour d’appel de Chambéry.

Notre analyse

Par son arrêt en date du 22 mai 2025, la Cour d’appel de Chambéry apporte des réponses claires et utiles aux professionnels confrontés à la création non sollicitée d’une fiche GMB.

Peut-on faire supprimer une fiche GMB ?  Oui, mais sous certaines conditions.

Il faut avoir à l’esprit que la création automatique d’une fiche professionnelle par Google est considérée comme licite lorsqu’il s’agit de compiler des informations publiques (nom, adresse, numéro de téléphone) dans le cadre d’un annuaire ou d’un service de référencement.

En revanche, la manière dont Google utilise ces données peut poser problème. Plusieurs irrégularités sont relevées et jugées non conformes au RGPD : 

  • La personne concernée n’a pas été informée de la création de la fiche, alors même que ses coordonnées étaient connues ;
  • La finalité du traitement (c’est-à-dire l’objectif de la fiche), n’a pas été clairement expliquée ;
  • Pour contester ou modifier les informations affichées, il était nécessaire de créer un compte Google, ce qui obligeait indirectement à adhérer à un autre service, souvent associé à des offres commerciales. 

Dans ce type de situation, il vous sera possible d’invoquer votre droit à l’effacement. 

Et concernant les avis négatifs ? La Cour se montre plus nuancée sur les avis associés à la fiche.

Il convient de rappeler que la liberté d’expression autorise les clients à formuler des critiques, et même si certains commentaires peuvent être perçus comme dénigrants, cela ne suffit pas à les faire supprimer. Tant qu’ils ne sont pas manifestement illicites (injures, diffamation, fausses accusations), ils sont souvent tolérés.

Pour autant, cela ne signifie pas que tous les avis sont nécessairement protégés. Certains commentaires, bien qu’apparemment licites, peuvent soulever des difficultés importantes, notamment lorsqu’ils sont publiés de manière anonyme, sans vérification préalable, ou sans qu’aucun contrôle ne soit exercé sur leur fiabilité.

Ce problème est particulièrement sensible lorsque les avis visent des professionnels qui, de par leur fonction, ne peuvent pas répondre publiquement. C’est le cas, par exemple, des professionnels de santé, tenus au secret médical. Dans ces situations, les critiques laissées en ligne, même si elles paraissent modérées, peuvent causer un préjudice sérieux, sans que la personne concernée puisse faire valoir son point de vue.

Dès lors qu’un avis porte atteinte de manière disproportionnée à la réputation d’un professionnel, ou qu’il repose sur des faits invérifiables, il devient possible d’en demander la suppression.

Nos recommandations

En pratique, plusieurs actions peuvent être mises en œuvre par les professionnels confrontés à ce type de situation : 

  1. Conservez une preuve des contenus publiés sur Internet : vous pouvez faire établir un constat d’huissier dès la découverte d’une fiche GMB vous concernant. 
  2. Engagez une première réclamation auprès de Google via les formulaires dédiés.
  3. En l’absence de réponse ou en cas de refus, adressez une mise en demeure formelle à Google Ireland Limited (Google France n’étant pas compétente), en conservant les preuves.
  4. Si la situation persiste, consultez un avocat pour envisager une action en justice afin d’obtenir la suppression de la fiche, l’indemnisation de votre préjudice moral et éventuellement une condamnation sous astreinte. 
  5. Professionnels de santé : vous bénéficiez d’une protection renforcée, notamment contre les avis anonymes ou infondés, en raison de vos obligations déontologiques.

Pour une recommandation personnalisée ou un accompagnement dans vos démarches, le cabinet ACD AVOCATS se tient à votre disposition pour analyser votre situation, faire valoir vos droits et protéger durablement votre e-réputation.